Illustration : Ti-Kok
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Réunion

Bataye Kok : Ti-Kok - épisode 2

Bat'Carré n°7 | Texte : Sylvain Gérard - Photo & Illustration : Hippolyte -

" Mi di pa mon nom, mi di Tikok ! La profession ? Mi fé rien que combat de coqs ! A la Réunion toulmonn i di TiKok c'est le meilleur ! Sa mi koné pa... mais toulmonn i di."

Dans le rond Tikok est un roi. Et comme un roi, il est épié, redouté, envié, craint. Sa maison n'a rien d'ostentatoire. Une grande varangue pour les voitures, un petit escalier pour atteindre la cuisine et le salon, et une porte au fond. "Lé la !" Un immense poulailler, parfaitement organisé, poules, chiens, boucs et une centaine de coqs dans des cageots individuels soignés. "Moin la entre 600 et 700 coqs en tout ! Et nena plusieurs cageots un peu partout mais di pas où hein ! Sa lé dangereux !"

Comme beaucoup d'éleveurs, Tikok a grandi au milieu des coqs, dans le fond de cour. Et le week-end au rond, avec papa. Avant lui, son père en vivait déjà. Et tout jeune il a commencé à observer, à voir, à comprendre. Tikok a l'oeil. Un oeil sûr. Il sait reconnaître les bons coqs. Alors il achète, revends. Un coq dans sa main peut valoir dix fois plus cher que dans la main d'un autre éleveur. Une réputation construite au fil du temps et des victoires. Une vie de victoires.
Sa maison est remplie de coupes. Partout ! Tikok est fier. "Et mi peu pas mettre toutes ! naurai point de place pour rien d'autre seulement !" Il est un des rares éleveurs de La Réunion à vivre des combats de coqs. Pas un hasard.

Tikok ne sait ni lire ni écrire, mais il sait compter. On le dit aussi rusé que joueur et beaucoup d'éleveurs veulent "se faire" TiKok sur le rond. Lui observe tout ça. Ils observent les coqs dans son rond. Chaque jour avec la même passion. Il observe les victoires à venir. Avec le sourire.

LA RENCONTRE

Le tan té dou, le jour la navé poin la briz. Kank nou débark la kaz Ti-Kok, nou kroiz in vye monn trinn balèye le pti shemin. Sa son tonton, ayi ossi dann tan té fé Bataye Kok, ayi ossi té dann trin le ron paryaj èk bann zamatërdkok konbatan. Nou koz inn ti ninstan èk vye monn la, lu rakont anou le tan avan kank lu té dsann a pat ''Park dé Prinse'' dimansh matin pou fé konba. Té sa pa o tanp, té sa pa la mèss, té atann rienk lër le ron i rouv pou tante la shanse pou aranj la posh sinon sa pou ginye la shiass. Dann kozman vye monn la mi kap parèye in lassuranse, lu tienbo droite èk son balié pou fé troi-pat, le tan i pass...

Ti-Kok i débark. Toudsuit pou toudsuit mi romark in nafèr, sé pak zot i rosanm, non, lé an missouk, dann son manièr, dann son kozé, néna parèye inn forse i kouv annsou kom son tonton, komsik na in nafèr i déssot toute bann jénérassion. Bataye Kok... Konbadkok... Paryaj... Ti-Kok la pa in békërdklé, lu fé rienk sa minm jour an jour, sa son métié, son sël travaye, la pa in passtan. Pluse ankor, ayi minm i di : '' Le ronnkok sa lé kom inn drog, toultan ou lapré majine ayi, ou ginye pa sanpassé, lé komsa minm, lé pa otreman.'' Ti-Kok i marsh pa son toussël dann ron parèye toute bann zamatër. Na son kouzin, na son garson, sonn ti nëvë, son lékip, toute dann minm trin. Askiparé pou lu jordu, lé pa fassil pou fé konba, fo fé soumin akoz nad boug lé krintif astër. Fok mi di ossi kank Ti-Kok i fé joué in kok, lu pèrd pa souvan, dizon prèske jamé.
 

Dann Konbadkok ? Kissa Ti-Kok i lé ? Toulmonn i koné...



Ce jour là, il faisait beau, il n'y avait pas de vent. Lorsque nous arrivons chez Ti-Kok, nous rencontrons un Ancien en train de balayer la petite route. C'est son oncle, lui aussi faisait les Batailles Coqs dans le temps, lui aussi était dans le business des paris avec les professionnels des coqs de combats. Nous parlons un moment avec cet Ancien, il nous raconte le passé lorsqu'il allait au ''Parc des Princes'' à pied le dimanche matin pour faire combattre. Il n'y avait ni temple, ni messe, il y avait juste l'heure d'ouverture du ''rond'', que tous attendaient pour tenter la chance et arrondir les fins de mois ou pour avoir la poisse. Dans les paroles de cet Ancien, je capte une assurance, il se tient droit avec son balai dont il se sert comme d'une béquille, le temps passe...

Ti-Kok arrive. Spontanément, je remarque quelque chose, ils ne se ressemblent pas, non, mais il y a chez lui comme une force qui couve en-dessous semblable à celle de son oncle, c'est caché, dans ses attitudes, sa façon de s'exprimer, comme quelque chose qui transcende les générations. Batailles Coqs... Combats de Coqs... Les Enjeux... Ti-Kok n'est pas un oisif, il ne fait que ça tous les jours, c'est son métier, son unique travail, ce n'est pas un passe-temps. C'est plus encore, il le dit lui même : ''Le Galodrome c'est une drogue, tu y penses tout le temps, tu ne peux pas t'en passer, c'est ainsi et ce n'est pas autrement.'' Ti-Kok n'agit pas seul dans les ''ronds'' à l'instar de tous les professionnels. Il y a son cousin, il y a son garçon, son petit neveu, son ''staff'', tous avec le même objectif. Il semble que pour lui, aujourd'hui, cela devient difficile de trouver des combats et il est obligé de passer par des ''sous-mains'' parce qu'il y a des gens qui le craignent à présent. Je dois préciser aussi que lorsque Ti-Kok fait ''jouer un coq'', il ne perd pas souvent, disons-le, presque jamais.

Dans les Combats de Coqs ? Qui est Ti-Kok ? Tout le monde le sait...