Illustration : Swaziland
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Chronique du baroudeur

Prise d'otage au Swaziland

Texte : Bulle - Photo G.L -

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Nous avons effectué, à six, un très beau voyage en Afrique du Sud. Chaque jour était différent, un enchantement ! Seule anicroche, notre passage au Swaziland. Ce petit royaume, à 2000 mètres d'altitude, coincé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique, semblait pourtant paisible.

La capitale, Mbabane. Nous nous apprêtons à traverser un carrefour. Soudain, un groupe de guerriers traverse la route. Torses nus, peaux de bêtes nouées à la taille, équipés de lance et de boucliers, ils marchent, le pas vif, en colonne. Nous nous retournons sans pouvoir évaluer la fin de ce défilé plutôt insolite. Seuls au départ, nous prenons discrètement des photos. Et nous attendons. De nouveaux guerriers apparaissent, encore et encore ! Plusieurs centaines traversent la route continuellement. Un bon quart d’heure plus tard, une ambulance nous rejoint. Dans un anglais approximatif, un dialogue s’instaure :

" C’est bien de vous être arrêtés sans forcer le passage. Vous pouvez descendre de voiture et prendre des photos si vous le souhaitez.
- Qu’est-ce qui se passe ? Vous entrez en guerre ? 

 
Grand éclat de rire !  
- Mais non, ils se rendent à un mariage au palais du roi.
- Chouette ! Nous pouvons y assister ? "

Après quelques hésitations, les ambulanciers nous donnent l’autorisation d’assister au mariage à la stricte condition que les trois femmes de notre groupe respectent les règles de bienséance. Nous devons donc nous enrouler le corps dans un paréo. En l’occurrence, nous nous sommes servies des nappes de table récemment achetées aux motifs colorés pour l’une, aux zèbres et pintades stylisés pour les deux autres. Un joli tableau !

La route enfin libre, nous suivons l’ambulance qui nous ouvre la voie. Les guerriers, quant à eux, prennent le chemin de terre pour couper à travers champ. Nous perdons la trace de l’ambulance et nous nous arrêtons sur le bas-côté de la route. Plusieurs voitures de policiers en escorte contrôlent la circulation. Nous réitérons notre demande. Surpris et réticents au départ, les policiers relayent néanmoins notre requête auprès de différentes instances hiérarchiques. Le temps passe, les talkies-walkies grésillent, tout le monde  s’agite. Nous ne sommes pourtant pas sur une scène de crime ! Enfin, l’accord est donné.
Nous sommes alors seuls sur la route. Nous tournons au premier virage à droite, en suivant les indications données. Nous roulons tranquillement quelques minutes, tout à la joie d’assister à ces festivités, lorsqu’un pickup nous double. Un des guerriers, juché à l’arrière, saute à terre et se dirige vers nous. Nous ralentissons, pas très à l’aise devant sa mine patibulaire. Nous lui expliquons poliment que les ambulanciers et les policiers nous ont autorisés à assister à la cérémonie qui va se dérouler au palais. Il monte le ton, se déclare " LE PRINCE ",  fils du roi, responsable de la sécurité et seul habilité à nous faire entrer au palais ! S’ensuit un long monologue, à la fois drôle et menaçant. Un cocktail de propos sympathiques ponctués de " my friend " auxquels s’opposent des injonctions du style " c’est moi qui décide ". En complément, des gestes rageurs se bousculent au portillon de sa colère. Nous attendons qu’il termine son show avant de pouvoir nous exprimer un peu plus fermement. Peine perdue, il est dans son trip, déjà bien entamé par la bière.

" - Qu’est-ce qui me dit que vous ne voulez pas me tuer ?
   - Depuis, le temps qu’on discute, ce serait déjà fait, non ! "

La réplique ne lui a pas plu. Le regard agressif, il déclare qu’il a " le droit de vie et de mort " sur toute personne qui se trouve aux alentours du palais. Pas de panique, nous restons impassibles en attendant que le bon côté du personnage émerge à nouveau. Nous ne savons vraiment pas sur qui nous sommes tombés.
Puis, d’un geste incroyablement rapide, il monte dans notre minibus, et s’assoit sur la banquette sans autre forme de procès. Une odeur épouvantable se répand alors dans l’habitacle. Il a toujours sa peau de chèvre nouée à la taille ! Le Prince nous oblige à faire demi-tour. Nous préférons obtempérer sans faire de vague. Il nous conduit d’un ton sec au milieu de nulle part. Droite, gauche, plusieurs virages, nous n’avons aucune idée de là où il nous emmène. Peut-être devant chez lui ? À côté du terrain vague où il nous a ordonné de nous garer, une grande clôture semble faire le tour d’une ferme.

Et là, recommence la valse des menaces et des amabilités, le regard hostile ou la moue capricieuse. Il nous raconte toutes sortes de salades, ses camps d’entraînement avec Harry1, sa faculté à faire la loi et à nous faire dormir en prison si ça lui chante… Une mixture saugrenue de propos pour finalement nous demander 600 rands – l’équivalent de 50 € - son droit d’entrée au palais. Nous commençons à discuter. Nous tentons de lui expliquer que nous avons déjà payé notre droit d’entrée au Swaziland. Nous cherchons fébrilement le reçu pour le lui montrer. Mais rien n’y fait. Quelqu’un arrive, il descend du bus, mais l’un des nôtres aussi. Impossible de partir. Nous prenons aussi conscience que nous pourrions être rapidement cernés, sans voir les gens arriver de derrière le bush. Le terrain est hostile. Nous espérons encore, à ce moment-là, assister à la cérémonie. Et le raisonner.
L’un d’entre nous lui fait remarquer que ce n’est pas un prix " d’ami ". Il s’énerve à nouveau : " Vous êtes au mauvais endroit, au mauvais moment ! " La réplique fuse : " Ah ça, c’est dans un mauvais western ! " Il ne relève pas. Les discussions se prolongent. Cela fait plus d’une heure maintenant que nous sommes en compagnie du Prince. Et puis, de guerre lasse, l’un d’entre nous propose de lui remettre ses 600 rands et de déguerpir le plus vite possible. Aussitôt dit, aussitôt fait. Sauf que nous n’avons pas suffisamment de liquide sur nous ! Nous lui montrons le porte-monnaie vide après lui avoir remis quelque chose comme 500 Rands. " Je vous fais une très grande faveur ! " s’exclame-t-il de façon théâtrale. Silence. Il empoche les billets. Contrarié, mais résigné.  Il nous explique qu’il doit changer de costume et nous enjoint à le retrouver une demi-heure plus tard devant le palais. Nous sommes partis sans demander notre reste, enfin soulagés de nous être débarrassés du Prince. Nous avons retrouvé le carrefour où tout a commencé et quitté au plus vite le pays en faisant une petite halte, histoire de rire de notre infortune. Tout compte fait, nos vies ne valent pas tripette, 50  € à six !

1 Le prince Harry d’Angleterre, ni plus ni moins !

 

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