Illustration : La troupe Landy Vola Fotsy
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Spectacle

La troupe Landy Vola Fotsy : une belle aventure humaine

BAT'CARRE N°4 | Texte : Francine George - Photo Sébastien Marchal -

Aristophane doit beaucoup s'amuser en voyant cette troupe malgache interpréter son texte avec autant d'humour, de puissance et de justesse. Le metteur en scène Vincent Colin a voulu traiter ce sujet intemporel La Paix, qui date de quatre cents ans avant Jésus-Christ, en s'appuyant sur la personnalité des membres de la troupe Landy Vola Fotsy, avec lesquels les affinités sont à la fois culturelles et émotionnelles.

Sur la scène du Grand Marché à Saint-Denis, le public est saisi, surpris, mais surtout joyeux à la fin de la représentation de La Paix. Des frissons parcourent la salle lorsque tout d’un coup, tous sur le plateau, se mettent à chanter. Un savant cocktail d’humour et de poésie qu’il n’était pas facile de restituer avec autant d’efficacité. En effet, les mots sont là, tantôt en échos ironiques " ce petit peuple vaillant et courageux à l’écart des enjeux planétaires… " tantôt allégés, car les quinze membres de la troupe ne parlent pas tous couramment le français. Les décors sont d’une ingéniosité incroyable. Une machine à voler faite de quatre bouts de bambous, un rideau des Danaïdes, quelque peu tapageur… un tout créé à partir de rien. Au final, ils offrent toute leur énergie aux spectateurs avec une générosité sans égal.

Le sens du partage

Entre le metteur en scène Vincent Colin et la troupe Landy Vola Fotsy, il existe une longue histoire basée sur le respect mutuel et la volonté d’échanger sans condescendance : " Ils ont une grande habileté à jouer, à interpréter, mais il y a tout un travail à faire sur l’existence sur le plateau. Ils ont réalisé une vraie performance, tous ne sont pas francophones et ils ont dû beaucoup travailler sur l’expression "

Vincent Colin, accompagné de Philippe Blancher qui campe superbement le personnage d’Hermès, sont partis monter la pièce à Madagascar dans le village de la troupe, situé sur les hauts plateaux à 15 km de Tana. Un sacré challenge, car il fallait quitter la vie parisienne pendant de longues semaines et s’adapter au mode de vie malgache. Les richesses viennent d’ailleurs, comme cette belle aventure humaine qui dure depuis plus de dix ans.

La première rencontre se fait en 2001 pour la représentation du spectacle " Le roi et l’oiseau " de Prévert. Un cinéma-théâtre où la troupe s’occupe d’interpréter les dialogues et de faire les bruitages de la bande-son coupée du film qui est projeté sur grand écran. En 2002, lorsqu’ils avaient de grosses difficultés à Madagascar à cause des tensions politiques, Vincent, alors directeur du Centre Dramatique de l’océan Indien, leur propose de les accueillir en résidence à La Réunion pour qu’ils puissent monter " 1000 francs de récompense " de Victor Hugo. Ainsi est née leur relation de forte complicité. " Je suis devenu leur metteur en scène associé. "

Il est difficile de savoir qui est le chef dans la troupe Landy Vola Fotsy; il y a certes un partage des rôles, et certains parlent plus que d’autres. Par exemple, Doly Odéamson qui illustre bien leur pensée et qui ne manque pas d’humour :

" Vincent est très fier de sa Bretagne natale, on peut travailler ensemble parce que nous partageons les mêmes valeurs. Lui ses druides, nous le culte des morts. Il est venu deux mois travailler avec nous, c’est un travail très prenant. Parfois, nous n’étions pas d’accord. Vincent pour se calmer partait taper dans le ballon sur le terrain en face. À son retour, nous échangions alors nos points de vue. C’était un travail d’échange sur un pied d’égalité. De toute façon, nous ne pouvions pas rester longtemps fâchés, car il y a une éthique chez nous " Il ne faut pas tenir longtemps la dispute. Dès que le soleil se couche, la rancœur doit disparaître ! "

Le théâtre en héritage.

À l’entrée du village, la tombe d’Odéam Rakoto veille comme un rempart sur le clan familial. Un des plus grands comédiens de l’île rouge originaire de ce village d’Ambohitahara, exactement là où la reine Ranavalona III choisissait ses artistes, en particulier ses joueurs de flûte. Sensibilisé par les Jésuites à la culture française, Odéam s’est pris de passion pour Molière, son Pygmalion né le même jour que lui à quelques siècles de distance. Il crée sa compagnie et part, comme Molière, de village en village, faire des représentations. Doly reprend la parole : " Papa voulait que nous allions tous à l’école. Par contre, il nous emmenait pendant les vacances, nous distribuions des prospectus et il nous laissait la scène à l’entracte. Nous dansions, nous chantions, nous improvisions. "

Le papa décède à 51 ans d’un cancer et la maman à 55 ans d’une leucémie. La fratrie s’est d’autant plus ressoudée et ils décident de reprendre le flambeau en créant cette compagnie de théâtre qui embauche les frères et sœurs, les cousins, cousines. Impossible donc d’abandonner l’héritage du père qui reste, au royaume des ancêtres, vivant parmi eux selon la tradition malgache.

Une belle trajectoire a conduit la troupe du spectacle improvisé en pleine brousse à l’interprétation de grands auteurs sur les scènes de théâtres européens. En parallèle, la troupe s’est engagée dans le théâtre humanitaire et joue des représentations pour véhiculer des messages sur le paludisme, l’hygiène de l’eau, la scolarisation …Ils méritent amplement le triomphe qui leur a été réservé sur la scène du Grand Marché le soir de la générale de La Paix.