Illustration : Îlet à Malheur

Réunion

Coup de coeur : Adriana et moi

BAT'CARRÉ N°8 | Texte : Jean-Paul Tapie - Photo : Géraldine Blandin -

Rendez-vous n'est peut-être pas le terme adéquat. Un rendez-vous implique que l'une et l'autre personne soient au courant. Parler de rencontre serait peut-être plus approprié. Encore qu'une rencontre sous-entend que chacun, après coup, se souvienne d'avoir rencontré l'autre. Contrairement à moi, je ne suis pas sûr qu'Adriana Karambeu se souvienne de m'avoir croisé à Aurère.

 

Pour tout dire, je n’ai même pas la conviction qu’elle ait eu conscience de ma présence. Pas même de mon existence. En fait, elle ne m’a pas vu. Elle est passée devant moi, immense et élégante dans sa combinaison beige teinte café au lait, le logo de la Croix-Rouge bien en évidence, souveraine et absente, pas même dédaigneuse, aussi bien à sa place dans cet îlet du bout du monde que sur le proscenium d’un défilé de mode. J’ai appris plus tard qu’elle était venue là en hélicoptère pour réaliser quelques photos destinées à une campagne de levée de fonds en faveur de l’organisation humanitaire dont elle était alors le symbole dans le monde entier.

Il est très peu probable que, si je retourne à Aurère, je la croise de nouveau. D’ailleurs, j’y suis retourné à plusieurs reprises depuis lors, et jamais je ne l’ai revue. Rien ne prouve qu’elle y remette un jour les pieds, aussi n’est-il sans doute pas indispensable que je m’y rende dans le seul but de la revoir.

Mais, me direz-vous, il n’est pas indispensable d’espérer rencontrer Adriana Karambeu pour se rendre à Aurère. Et là, je suis tout à fait d’accord avec vous. L’îlet, à lui seul, justifie une visite, et pas obligatoirement par hélicoptère. On peut s’y rendre à pied. J’ai même envie de dire : on doit s’y rendre à pied. D’autant que les chemins pour l’atteindre ne manquent pas, et ils sont tous plus beaux et plus pittoresques les uns que les autres. Le plus classique, bien sûr, consiste, à partir de Deux Bras, de monter par le Bord Bazar en contournant le Piton Cabri. On peut aussi, toujours à partir de Deux Bras, remonter le Bras de Sainte-Suzanne, puis se glisser dans la Ravine des Merles par un sentier exigeant, mais gratifiant. On peut encore l’atteindre en partant du cirque de Salazie et en empruntant le Sentier Scout qui conduit jusqu’à Ilet-à-Malheur avant de traverser la Ravine Bémale par une jolie passerelle et d’attaquer un petit raidillon dont vos jambes garderont le souvenir bien après être arrivé à Aurère. On peut enfin descendre le superbe Sentier Augustave, depuis Bord Martin, sur la route menant au Col de Fourche, et entrer dans l’îlet à l’endroit même où parvient le Sentier du Bras des Merles.

Je n’irais pas jusqu’à dire que tous les chemins mènent à Aurère, mais vous remercierez tous ceux-là de vous y avoir conduit. Car Aurère est un îlet très convivial. Forcément : c’est un carrefour de sentiers, et donc un rendez-vous de randonneurs. Il est donc accueillant. On y compte plusieurs gîtes et chambres d’hôtes et un café idéalement situé au croisement de tous ces chemins. On peut y admirer le Maïdo sous un angle original et, quand descend le crépuscule, se laisser enchanter par le silence riche d’échos qui entoure le lieu. Aurère est une étape indispensable dans Mafate.
Même si le souvenir d’Adriana Karambeu ne l’habite plus vraiment.

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