Illustration : Via Ferrata - l'Italie en voie férrée

Escapade

Via Ferrata - l'Italie en voie férrée

BAT'CARRE N° 12 | Texte : Jean-Paul Tapie - Photo : DR -

La guerre a du bon. Enfin, parfois. Prenez par exemple les via ferrata. Mais avant cela, réglons un problème : via ferrata est un mot latin ; j'imagine donc que le pluriel devrait être viae ferratae. Si l'on considère que le mot, de latin, est devenu italien, via ferrata au pluriel devrait devenir vie ferrate. Si l'on tient compte du fait que cet article est écrit en français, on peut y aller carrément et franciser le pluriel : vias ferratas. Mais comme cet article est écrit par moi et que c'est moi qui décide, je vais m'en tenir à mon premier pluriel, via ferrata.

Remontée aux origines

Les via ferrata sont nées au milieu du XIXème siècle en Autriche. Mais c’est en Italie, durant la première guerre mondiale, qu’elles ont connu leur véritable essor. Pas, comme aujourd’hui, pour permettre à des randonneurs qui n’ont pas forcément le pied d’un cabri de franchir des parois rocheuses au lieu de les contourner. Non, les premières via ferrata italiennes ont été installées pour faire la guerre. À l’époque, Autrichiens et Italiens s’affrontaient sur leur frontière commune qui traversait les Dolomites (montagnes qui tirent leur nom d’un savant français, Dolomieu, mais c’est une autre histoire que je vous conterai un autre jour). Tous les soldats italiens n’ayant pas le pied montagnard, certaines parois un peu raides furent équipées de câbles, d’échelles, de marchepieds métalliques, de planches et de cordes aussi, permettant ainsi à ces soldats d’aller se faire tuer proprement, comme le règlement militaire l’exige, sans risquer de basculer avant cela dans le vide.
Les via ferrata ne furent pas démontées après la guerre et les gens du coin, comme ceux des villes voisines, prirent l’habitude de parcourir les montagnes italiennes en utilisant ces facilités. Comme tout le monde les appréciait, elles furent soigneusement entretenues, remplacées, améliorées, renforcées, et traversèrent ainsi fièrement le vingtième siècle, ne servant plus qu’aux civils, et plus jamais aux militaires, qui leur préféraient l’avion pour bombarder l’ennemi. C’est plus propre et moins risqué.
Ce qui explique la définition de la via ferrata : itinéraire sportif, situé dans une paroi rocheuse, équipé avec des éléments spécifiques (câbles, échelles, rampes, etc.) destinés à faciliter la progression et optimiser la sécurité des personnes qui l’utilisent.

Escalade du succès

Des via ferrata, il y en a aujourd’hui un peu partout en Europe, et notamment en France, mais les via ferrata italiennes conservent une spécificité : ce ne sont pas des attractions touristiques que l’on parcourt en deux ou trois heures après avoir loué son matériel au pied de la paroi ; ce sont des passages, des transitions, des franchissements situés au milieu d’un sentier de randonnée, qui permettent ainsi de parcourir de longues distances dans un massif montagneux. Par exemple, le massif de la Brenta, près de Madonna di Campiglio, que l’on peut parcourir en cinq ou six jours, alternant sentiers et via ferrata. Des refuges au confort autrichien et à la carte de restaurant italienne (ce qui est mieux que l’inverse) attendent à intervalles réguliers les randonneurs. Dans le massif des Tre Cime di Lavareddo, près de Cortina d’Ampezzo, les randonnées sont moins longues, mais peuvent néanmoins s’étendre sur deux, trois ou quatre jours.

Le succès de ces via ferrata remises au goût du jour a inspiré les responsables de stations d’altitude en mal de sensations à offrir à leurs clients estivaux. On en trouve désormais dans les Alpes, notamment dans la région de Briançon et de Bourg d’Oisans. On en trouve même une à la Réunion, dans le site de la cascade Niagara. L’ennui, c’est que la plupart de ces nouvelles via ferrata sont davantage conçues comme des attractions de fête foraine que comme des parcours d’initiation à l’escalade, comme celle qui se trouve dans la vallée de Freissinières, au-dessus d’un petit hôtel baptisé Les cinq saisons, que je m’autorise à vous recommander au passage.
Mais bon, ne faisons pas la fine bouche, les sensations sont toujours au programme. Il n’y a rien de plus excitant que de parcourir une via ferrata avec un groupe d’amis. Photos époustouflantes garanties. Allez vous initier sur le site de Niagara. Bon, je sais, vous dites Niagara, vous pensez chutes, et ce n’est guère enthousiasmant. Mais rassurez-vous : tout au long du parcours, vous serez relié à un câble par une ligne de vie, dont vous découvrirez qu’elle n’a pas volé son nom !

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