Illustration : Labsync

Musique

Labsync

BAT'CARRE N°2 | Propos recueillis par Guillaume Peroux - Photo Deenice -

Né de la réunion de cinq musiciens aux horizons variés, Labsync (pour  "Laboratoire synchronisé") a été fondé en décembre 2008 à Mayotte.

Mixant instruments et électro, leur musique s'inscrit dans un courant résolument actuel. Et pourtant... L'enclavement aérien de Mayotte et son débit internet plafonnant à 56K font de leur démarche une expérience semi-autarcique. Eloignés des scènes musicales novatrices, ces musiciens n'ont pour influences que leurs discothèques et leurs souvenirs. De cette situation retirée émerge une musique libre, reflet sonore des goûts éclectiques du groupe. Pink-Floyd, Eric Truffaz, Herbie Hancock, Nills Peter Molvaer, Danyel Waro, Aphex Twin... Rock, jazz, "lounge", maloya, electro... Autant de pistes à explorer que de sons à synchroniser.

 Labsync s'ouvre à l'Océan Indien. Un CD 4 titres sorti en août 2010 souligne cette envie, et propose une vision en résumé de son univers.

C'est quoi Labsync ?

Jérôme : Le projet Labsync - pour "Laboratoire Synchronisé" - est né à Mayotte en 2008 de la rencontre de cinq potes/musiciens autour d'une idée simple : la technologie est accessible et créative. L'ordinateur n'a de limite que notre imagination. À partir de là, on peut tout faire.
Alors on a creusé...  On avait tous à la base des influences très variées. Jazz, rock alternatif, progressif, psychédélique, groove, punk, electro, rap, maloya, reggae... enfin un peu tout finalement. Notre musique, c'est le mélange de tout ça, plus la magie de l'informatique. On a appelé ça de l'électro-fusion.
La machine n'est plus un simple outil passif. L'ordinateur "écoute", interagit, propose. Notre collaboration homme/machine est simple : on vise le 50/50.

Je te donne un exemple : tu entends une grosse basse "wobble", qui ondule dans les graves, comme dans le dubstep. Tu te dis "ça sonne électro, c'est un sample". Nous, on fait en sorte que ce soit le bassiste qui joue cette "wobble bass", en interaction avec l'ordinateur. C'est bien plus qu'un "effet standard". La clef, c'est la synchronisation : avec le tempo, avec la structure du morceau et avec les autres musiciens et leurs effets respectifs.
On pourrait imaginer une pieuvre omnisciente, à la fois chef d'orchestre, musicien et ingénieur du son, une pédale d'effet au bout de chaque tentacule. C'est ça Labsync. Des instruments, un ordi et des câbles dans tous les sens.
Depuis 2008, côté humain, on a pas mal brassé. Des départs, des arrivées. Notre claviériste, Sébastien Gallas est allé voler vers d'autres horizons, et trois bassistes se sont succédé : Benjamin Acquier, avec qui nous avons initié le projet, Gregory Flavion que l'on peut entendre sur nos quatre titres, et aujourd'hui Kamel Rami. Sommes restés fidèles au poste Willy Ramboatinarisoa à la trompette, Thomas Begrand à la batterie et moi-même, Jérôme Menninger à la guitare et à l'électro.
Côté console de mixage et co-production, nous travaillons depuis la première heure avec Denis Ligier, directeur de Deenice Prod.

Et votre musique, je la range où dans ma discothèque ?

Thomas : Aïe... pas facile...
On nous colle souvent une étiquette "expérimental",  à mi-chemin entre le très grand monde de l'électro (break-beat/lounge/indus/hip-hop/tech/...) et le non-moins grand monde du reste des musiques actuelles. Je pense personnellement que nous nous situons dans la lignée des scènes dub/rock et electro/jazz. High Tone, Ez3kiel, Eric Truffaz, Bugge Wasseltoft, Jojo Mayer & Nerve...
C'est plus un constat de "l'air du temps" qu'une suite de références. Je crois qu'on a ça en commun de puiser dans l'électro de ces 30 dernières années pour élargir notre champ d'expression. On a tous "flashé" sur les beats robotiques de la New Wave, sur la Jungle épileptique, sur les montés  de 32 mesures Techno/House,... On a tous bougé la tête sur du Hip Hop, plané sur du Lounge...
Notre premier CD 4 titres (août 2010) ne reflète que partiellement cette volonté de s'enrichir de ces nouveaux canons. Notre musique était encore bien "dans la tête", pas assez "dans les pieds", pas assez efficace. Puis un jour, Willy est arrivé en répétition avec cette compo... Un truc terrible qui nous a tous fait bouger. Et on a réalisé que ce n'était ni le tempo ni l'harmonie qui faisait le job, mais uniquement un son ! Un gros synthé massif, granuleux, groovy. Un pur produit de la tradition électro, qui te chope, te soulève et t'enlace irrémédiablement. Depuis, c'est là qu'on cherche. On a déplacé notre "laboratoire" dans cette région sonore qui parle directement au corps et on continue bien sûr à cultiver l'équilibre entre expression instrumentale et matière électro.
Jérôme : oui, parce que c'est ça l'idée,  faire de la musique pour la tête ET pour les pieds !


Quatre dates à La Réunion en septembre dernier (Les Potirons, La Cerise, le Manapany Surf Festival et la 1ère partie de No Jazz au Kerveguen). Alors, heureux ?

Jérôme  : Ravis ! Nous avions déjà été accueillis et salués à Saint-Benoît en mai et décembre 2010 à La Clameur des bambous. Nous y avions rencontré des organisateurs adorables et disponibles et un nouveau public ouvert et généreux.
Nous étions donc très motivés pour cette tournée et nous avons été comblés ! Nous remercions du fond du cœur le public Réunionnais d'être venu à notre rencontre. à Mayotte, où le public est particulièrement restreint, nous étions plutôt habitués à jouer devant des potes... La Réunion a été le lieu de rencontres et d'échanges dont nous avons beaucoup appris.  Plus d'ouverture et d'exigences, un tissu culturel très actif, des collaborations efficaces... le lieu idéal pour s'ouvrir au monde ! Rien n'aurait été possible sans Guillaume Peroux, le travailleur de l'ombre, directeur de Akout (www.akout.com).  Merci également à Pierre Macquart de nous avoir ouvert les portes du Manapany et du Kerveguen. Et merci à tous ceux qui nous ont encouragés, supportés, suivis, conseillés. Les ami(e)s, les artistes, les organisateurs, les inconnu(e)s.

Et ensuite ?

Thomas : On se projette dans le live, la scène. Parallèlement à notre quête musicale, nous avons encore beaucoup à apprendre du public.  Ensuite viendra le temps du renouveau, où nous incorporerons le Vdjing (mixage vidéo en temps réel, comme un DJ avec des sons). Cette idée de mélanger sons et images est là depuis le début, mais faute de temps et de technicité, nous sommes restés centrés sur la musique. D'ailleurs, pouvons-nous profiter de vos pages pour lancer un appel à contribution ? Si quelqu'un, quelque part, féru d'images animées et inspiré par notre musique, souhaite partager son talent, qu'il n'hésite pas à nous contacter via la page www.labsync.fr, nous serions très heureux de le rencontrer et pourquoi pas, faire naître une nouvelle collaboration !

 

À découvrir :

Retrouvez LABSYNC sur www.akout.com/labsync