Illustration : Gren Seme

Musique

Gren Seme

BAT'CARRE N°5 | Propos recueillis par Guillaume Peroux - Photo : Fatch -

Toujours en recherche de nouvelles sonorités, Grèn Sémé fait varier sa musique sur le thème de la rencontre des cultures et des générations. Le Maloya devient entre leurs mains une couleur de plus dans la palette des diversités culturelles et musicales françaises. Carlo De Sacco, à l'origine du groupe, nous livre ses impressions, au retour du Printemps de Bourges où il représentait La Réunion.

Bonjour Carlo. L'écriture et la poésie te fascinent, tu es un homme de mots. Peux-tu nous définir l’univers artistique de Grèn Sémé ?
 
Grèn Sémé est à l’image de La Réunion, c’est-à-dire mélangé. Tout d’abord au niveau des influences propres à chaque membre du groupe. On peut retrouver des touches de rock, de reggae, de seggae,  de jazz, de musique électronique et aussi de chanson française. Ce mélange vient servir un Maloya métissé où la tradition et la modernité se mêlent, toujours au service des mots.
J’ai la double culture, française et créole. Dans notre maloya, les deux cultures se fondent et se servent réciproquement. Nous faisons, peut-être malgré nous, un pont entre ces deux cultures.

Après avoir semé cette petite graine à Montpellier en 2006, quel vent t’a poussé à revenir sur la terre réunionnaise ?
 
Né à La Réunion, je faisais tout simplement mes études à Montpellier. Même si j’y ai passé de très belles années, j’ai toujours été pressé de rentrer. La Réunion c’est la terre qui me ressource. Je trouve mon équilibre dans la nature qui, ici, nous entoure. J’espère voyager le plus possible avec la musique, faire des rencontres artistiques et humaines. Mais continuer de vivre à La Réunion. Et puis, il y a mes parents, ils ne sont plus très jeunes, je voulais être là.

En tant que lauréat 2011 du concours "9 semaines et 1 jour", tu as pu te produire au Printemps de Bourges. Tout juste de retour, peux-tu nous dire comment tu as vécu cette aventure ?
 
Grèn Sémé a été sélectionné pour représenter La Réunion dans le cadre des " Découvertes  printemps de Bourges 2012 ". Au départ, le concours " 9 semaines et 1 jour " sélectionnait seulement le chanteur, ce dernier était accompagné par des musiciens professionnels, mais comme dans le maloya le Roulèr est indispensable, j’ai insisté pour que Moana Apo, le percussionniste du groupe puisse venir jouer avec moi. Ça a été accepté et nous avons fait cette grande expérience ensemble. Nous avons eu la chance de travailler avec des musiciens internationaux, dont le talent était à la mesure de leur simplicité. J’ai rencontré à cette occasion Mr Dominique Fillon, qui était directeur musical du spectacle et avec qui j’ai réellement sympathisé tant au niveau humain qu’au niveau artistique.
 
Quel impact cette expérience personnelle a-t-elle eu au niveau du groupe ?

L’impact a été très positif ! En fait c’est le groupe qui m’a poussé à m’inscrire à " 9 semaines et 1 jour ". Au début, je ne le voulais pas, car je me disais que c’était un concours télévisuel avec tout ce qu’on peut y voir de péjoratif. Puis j’ai réalisé que c’était en fait un concours récompensant les " Auteurs/Compositeurs ". Le groupe était très heureux quand j’ai été lauréat. De plus, cette expérience nous a fait grandir, pousser ! Nous avons réalisé que notre musique, en plus de nous plaire, pouvait plaire également aux autres. Notre objectif, dès mon retour, était de pouvoir renouveler une expérience de ce type, mais avec la formation complète.

Dis-nous quelques mots sur ta rencontre et collaboration avec le musicien, compositeur et arrangeur, Dominique Fillon ?
 
Ma rencontre avec Dominique s’est faite lors des répétitions du spectacle " DOM-TOM folies ". Il m’a complimenté sur le morceau " Papiyon " et m’a dit qu’il voulait le mettre à la fin du spectacle, pour " clôturer en beauté ". J’ai été très touché par ses mots. Moi, je ne le connaissais pas réellement. J’ai tapé son nom sur internet et j’ai compris qui il était, aussi bien au niveau personnel que musical. En plus d’avoir accompagné les plus grands artistes français, il a réalisé les albums de Sanseverino et obtenu un disque d’or.
Nous avons tellement accroché que nous nous sommes dit que nous allions travailler ensemble dans le futur. Nous sommes donc restés en contact par Skype où nous échangions nos idées. Un projet artistique a pris forme au cours de ces échanges et Dominique Fillon est arrivé à La Réunion en mars 2012, accompagné de ses musiciens Kévin Reveyrand, Francis Arnaud et Olivier Roman-Garcia.
Nous avons fait une résidence de création tous ensemble (Grèn Sémé + Dominique Fillon quartet) au théâtre Canter de Saint-Denis. Cela a débouché sur trois concerts, dont un au théâtre de Saint-Gilles lors du festival Total Jazz.
C’était une très belle collaboration tant au niveau humain que professionnel. Dominique a jazzifié notre maloya et nous avons mis du maloya dans son Jazz.
 
Le premier album est prévu pour courant 2012 et devrait être enregistré dans le studio de Yann Costa. Sans dévoiler de grand secret, à quoi peut-on s'attendre sur cet opus ?

Nous pouvons nous attendre à un Pavé dans la Mare ! C’est notre premier album ! Avec tous les questionnements que cela comporte.
Je travaille depuis toujours avec David Kolm. Lorsqu’on réfléchissait ensemble vers qui se tourner pour enregistrer l’album, Yann Costa était une évidence. J’aime Yann en tant qu’homme et en tant qu’artiste. J’aime sa sensibilité et son regard sur notre musique. Notre maloya est psychédélique et Yann aime ce genre d’ambiances et il a les capacités de les sublimer. Cela va être une belle co-réalisation entre son univers et celui de Grèn Sémé.