Illustration : Cody Chesnutt
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Sakifo

Cody Chesnutt

Propos recueillis par Flore Baudry - Photo Le Poulailler -

Interprète inoubliable du tube planétaire " The Seed " repris en 2002 par le groupe " The Roots ", Cody Chesnutt se pose pour la première fois à La Réunion pour les dix ans du Sakifo.
Né en 1968 à Atlanta, la musique devient très vite partie intégrante de sa vie.
Mélange de Blues, de Hip Hop, de Soul, de Rock et même de Funk, ses albums sont à son image, métissés, puissants et électrisants.
Rencontre-détente dans sa loge lors d'une matinée ensoleillée, le chanteur de Soul se confie simplement. D'une grande douceur, il se révèle être la véritable incarnation du " cool ".
Il prendra le temps en fin d'entretien de nous demander la signification du terme " Bat'Carré ", c'est avec plaisir que nous lui répondrons que c'est une expression créole qui invite à la balade.
Notre petit tour d'horizon avec Cody Chesnutt, commence ici, à Saint-Pierre.

Cody Chesnutt, quelles sont vos premières impressions sur La Réunion ?

C’est un véritable paradis !
Tout ce mélange de personnes, de couleurs, ces paysages, toute cette végétation… c’est vraiment à couper le souffle !
Je suis là depuis deux jours seulement, mais j’ai eu le temps de faire un tour en cheval dans les montagnes, j’ai beaucoup aimé.

N’est-ce pas trop difficile à vivre d’être toujours en tournée ?

Globalement c’est une merveilleuse expérience humaine que d’être en tournée.
On rencontre des personnes différentes, on apprend d’autres langues, on doit se transcender du fait d’évoluer avec d’autres personnes.
Mais il y a, en effet, un aspect difficile, car je suis loin de ma famille pendant assez longtemps parfois.
Mon rêve serait quand même d’emmener ma femme et mes enfants en tournée avec moi.

Avez-vous à écrire facilement et de quoi vous inspirez-vous pour créer vos chansons ?

J’essaye le plus possible d’être toujours ouvert à l’écriture. Je n’ai pas de temps d’inspiration, ça peut me venir n’importe quand. Hier soir par exemple je me suis mis à écrire à trois heures du matin. Je ne sais pas si j’en ferais une chanson, mais voilà, hier pendant la nuit, La Réunion m’aura inspirée ce petit moment d’écriture. Tout peut être une source d’inspiration pour moi, mais c’est surtout la vie de tous les jours qui m’intéresse. La vie des autres, les expériences de chacun, j’observe tout ce qui m’entoure, tout ce qu’il se passe. Par mes chansons j’essaye d’être la voix de ceux que l’on n’entend jamais.

Vous êtes chanteur de " Néo Soul", comment réussir aujourd’hui à réinventer la musique Soul ?

Je ne réinvente rien. Y-a-t-il encore des choses à inventer en Soul music ? On ne fait rien de vraiment nouveau, ce n’est pas une question de réinvention, c’est surtout le fait d’être aussi sincère que possible.
On tente d’apporter plus de sensation, de corps, d’âme et de vérité. On ne réinvente rien, nous faisons comme cela a toujours été fait.

Pourquoi portez-vous un casque lors de vos concerts ?

Tout le monde me parle de ce casque !
Ce casque est symbolique en effet. J’envoie ma musique au front.
La scène est une sorte de champ de bataille. On se bat avec son âme, on l’offre toute entière, les échanges d’émotion sont forts.

Votre album précédent avait pour titre " Black Skin No Value " (la peau noire n’a aucune valeur), expliquez-nous ce choix de titre :

C’est un titre des plus ironiques. Je désirai mettre en exergue une vision mondialisée de l’image des Noirs à travers le monde. Que ce soit chez les Africains, les Noirs américains, les Noirs d’ailleurs, il est encore d’actualité de dire que la vie d’un Noir vaut moins que celle d’un Blanc.
Par ce titre j’avais vraiment envie de pointer cette image et l’album entier quant à lui, exprime la valeur de cette culture noire.

En 2008, vous sortez le single " Afrobama ". Comment avez-vous vécu la première élection du président Barack Obama ?

C’était incroyable ! Les gens étaient tellement euphoriques, à travers le monde entier, pas qu’aux États-Unis. On prenait le pouvoir quelque part, nous les Noirs. L’élection de Barack Obama à la tête du pays a montrer au monde que les Africains pouvaient aussi être de grands hommes, on pouvait y arriver.
J’ai fait ce single, car je voulais exprimer toutes ces idées-là. Je voulais faire une chanson un peu plus personnelle que celle de Will I.AM par exemple. (NDLR : Will I.AM est le chanteur des Black Eyed Peas ayant réalisé une chanson pro-Obama durant la campagne des présidentielles américaines en 2008).

Quel constat feriez-vous de la culture artistique noire aux États-Unis actuellement ?

J’estime qu’il y a un manque d’âme et de Soul dans la culture noire actuellement.
Il y a eu de grosses évolutions cependant, mais la violence a pris une grande part dans tout cela. L’esprit de la soul de l’ancienne génération est resté, mais il y a moins d’amour aujourd’hui. Il y en a bien moins que de les années 1970.
L’Art était très puissant à ce moment là, nous devons le remettre aussi haut aujourd’hui. Les arts visuels ont laissé de grandes marques, des images fortes ancrées dans tous les esprits.
Nous devons remettre de l’amour dans la Soul et dans la culture artistique noire d’aujourd’hui.

Si vous n’aviez pas été musicien que seriez-vous aujourd’hui ?

Je pense que je serais graphiste ou plasticien. Les arts visuels m’ont toujours fascinés et attirés.
Photographe de mode est un métier qui m’aurait bien plu également.
Je pratique la photographie également, j’aime tout ce qui est coloré, je m’amuse beaucoup avec Instagram par exemple. C’est un bon moyen de s’entraîner en photographie, je trouve. De jouer avec les effets de couleurs, d’ombres, de filtres etc…
J’aurai été un artiste quoiqu’il en soit.

Que représente une journée parfaite pour Cody Chesnutt ?

Profiter de ma famille, définitivement.
Partager de bons moments avec ma femme et mes enfants, à l’extérieur, dans un espace ouvert, avec un léger vent nous balayant le visage.
C’est ça une journée parfaite pour moi.


À découvrir

 

Cody Chesnutt au Sakifo 2013 from Akout on Vimeo.