Illustration : Le Maloya sur le bout des doigts
Illustration : Le Maloya sur le bout des doigtsIllustration : Le Maloya sur le bout des doigts

Savoir-Faire

Le Maloya sur le bout des doigts : La ronde cadencée des roulèr, kayambs, et pikèr...

BAT'CARRE N°8 | Texte et photo : Anne-Line Siegler -

Considéré comme subversif jusqu'au début des années 80, le Maloya, hérité de l'esclavage, est depuis 2009 classé au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. La reconnaissance de cette richesse identitaire et culturelle a encouragé Jean-Luc Robert, Saint-Andréen de 43 ans, à s'imposer dans la fabrication d'instruments traditionnels. Soudeur de métier, il devient " facteur " d'instruments traditionnels à plein temps. En musique, " le facteur " est celui qui conçoit, réalise, ou répare les instruments.

Dans son atelier de création…

À Saint-André, sous la varangue familiale aménagée en atelier, se côtoient différentes familles de tambours, kayambs en série, bobres en cours de finition, pikèr et sati. Jean-Luc Robert explique sa façon de travailler : pour lui, pas question de clouter son kayamb ni de le truffer de graines de lentilles. Car ce fabricant d’instruments traditionnels est un puriste, un partisan du retour aux sources. " Je privilégie le montage à l’ancienne. Pour le kayamb, j’utilise des tiges de fleurs de cannes et du bois de goyave pour la cloison, le tout est attaché avec du fil ou " ligaturé " comme on dit. Avant c’était du fil de choca ou de vacoa qui était utilisé. " À l’intérieur du cadre compartimenté en deux s‘équilibrent de petites boules noires circulaires, les graines de safran marron, et plus rarement des graines de cascavel ou encore des graines de Job. Malheureusement, ces pépites acoustiques se raréfient. Dans ses kayambs, l’homme glisse des petites pièces, comme un porte-bonheur, de façon à personnaliser l’objet. " L’artiste donne une âme à son instrument. Je ferme le kayamb devant lui. " Son premier roulèr, il s’en souvient comme si c’était hier, coupé morceau par morceau à la hache dans un bois de letchis vieux de 150 ans. " Le bois le plus noble, au son le plus puissant, c’est le bois de tamarin, avec le bois de letchis. Mais ce dernier est très dur, il faut le tremper un mois dans l’eau avant de le travailler. Je travaille tout type de bois selon la demande. Par exemple, les djembés, qui sont arrivés à La Réunion dans les années 80, sont issus de bois de mangue, les roulèr sont faits avec du bois de tamarin…"

 

Au service des artistes

Familier du Maloya  et des servis kabaré depuis toujours, le Saint-Andréen s’est lancé dans la fabrication traditionnelle d’instruments de musique. " Au départ, c’était par besoin, j’avais un roulèr familial à réparer. Après, j’ai appris tout seul, en regardant les autres et j’ai ajouté ma touche personnelle. " Il est maintenant fortement apprécié du monde culturel. " Les gens commencent à me faire confiance ", reconnaît celui qui travaille uniquement sur commande. Humble, discret et respectueux des artistes de renommée qu’il côtoie, Jean-Luc, alias Zanlik, se garde bien d’énumérer leurs noms.

 

Le retour aux sources

Pour lui, le Maloya ne s’explique pas. Il doit se vivre, se ressentir. " Quand tu joues, il y a une magie. Une électricité, c’est en toi, c’est mystique, c’est comme une sensation de chair de poule. " L’apport de l’Afrique et de Madagascar sont indiscutables, même si les instruments ont été transformés et adaptés à La Réunion. Le roulèr est par exemple " endémique " de l’île. " Le Maloya est né de pratiques cultuelles malgaches et africaines.  Les esclaves charpentiers ont évidé un tronc d’arbre et pris une peau de bœuf pour faire un roulèr. Le sati, c’est un morceau de tôle, un " bac pétrole " sur lequel on a commencé à taper. " Aujourd’hui, les techniques de fabrication ont bien évolué. On n’évide plus un tronc d’arbre, mais on monte un roulèr à partir de morceaux de bois découpés à la hache ou à la tronçonneuse, cintrés puis cerclés. Le montage cordé des roulèr, qui a remplacé le cloutage, permet ainsi de travailler différentes hauteurs de sons auxquelles contribue l’épaisseur de la peau choisie.

 

L’art de la transmission

Dans son atelier qui rappelle un amphithéâtre, le facteur  couve des yeux ses " bébés ", il évoque avec affection les différentes sonorités  de ses instruments au " son clair ", " grave " ou " renfermé ". Au bout d’une grande table est posé le bobre, à l’architecture originale, c’est l’un des instruments les plus difficiles à jouer. Attribut des conteurs,  sa sonorité fait penser à une complainte lancinante. Tout en haut des planches domine le tambour vouve, aujourd’hui pratiquement disparu, sorte de roulèr allongé qui rappelle la vouve des pêcheurs. Chaque pièce est unique, signée par l’artiste, Z-Lik pour Zanlik. Au gré de sa fantaisie, Jean-Luc Robert revisite aussi les instruments traditionnels, tels le roulèr zébré ou tacheté. Effet garanti !

C’est pour préserver cette richesse culturelle que ce père de famille intervient aussi dans les écoles. Et comme chez les Robert le Maloya est une pratique familiale, voire ancestrale, le facteur travaille en tandem avec son fils Luciano, percussionniste, qui l’aide à faire " évoluer l’instrument ". Après sept ans de conservatoire à Saint-Benoît, le jeune homme à la tête du groupe " Loryzine " propose au public un Maloya plus urbain, nourri d’un son traditionnel mélangé à des rythmes afro-cubains.

 

Contact de l'atelier

Atelier Z-Lik Fabrication
Jean-Luc Robert
110 rue des Pinpins
97440 Saint-André

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !