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Spectacle

Chronique du festival du film italien à La Réunion

Festival du film italien à La Réunion -

Flash-back sur les films projetés au cinéma Plaza de Saint-Denis dans le cadre de la troisième édition du Festival du Film italien organisé par l'association Ciao Réunion.
Dernière séance ce soir, jeudi 4 juin, avec une soirée particulière dédiée à l'écologie et à la protections des îles.

Stomboli de Roberto Rossellini - une soirée de lancement inoubliable !

Projection du film Stromboli où Ingrid Bergman rayonne de mille feux sous la caméra amoureuse de Roberto Rossellini. Le film tourné en 1949 marque l'histoire du cinéma, les scènes oniriques de pêche ou de fuite dans des embarcations précaires lorsque le volcan rugit sont implacables. La tension est permanente par le rejet de l'étrangère, l'Américaine,  dans ce village dénudé d'une île volcanique où le silence hostile est une seule fois brisé pour lui dire "Tu n'es pas assez modeste". Le film peut se lire sous un autre regard dans les coulisses du tournage. La passion amoureuse entre la l'icône d'Holllywwod et le metteur en scène pas encore au faîte de sa carrière déclenche un scandale international à l'époque intensifié par la rivalité sulfureuse de l'amante délaissée, Anna Magnani, qui tourne un film au scénario concurrent Vulcano d'autant qu'Ingrid Bergman, sur le tournage est enceinte dans un pays qui n'acceptait pas le divorre à l'époque. François Guillaume Lorrain dans son livre L'année des volcans sorti en 2014 chez Flammarion nous fait revivre ce drame passionnel à la scène comme à la ville et les enjeux multiples liés au tournage de Stromboli et de Vulcano.

Débats enthousiastes après la projection entre les partisans du film et les autres, un peu déçus par la noirceur emphatique du film. Mais bien vite, le coktail aidant les positions ne servis par une impressionnante prestation du vulcanologue Anthony Finizola venu nous éclairer sur l'activité des volcans, en particulier celle de Stromboli pour finir avec des analyses comparatives sur le Piton de la Fournaise. Exposé scientifique très clair et captivant emaillé d'anecdotes vécues, comme un lancer de boules de lave grâce à des gants super isolants... Une soirée à marquer dans les annales !

I cento Passi de Marco Tulio Giordana - une histoire vraie et poignante

Le film, sorti en 2000, retrace le parcours de Giuseppe-dit Peppino- Impastato, un jeune rebelle fougueux qui voulait s'affranchir de sa famille, la mafia sicilienne. Dans son petit village de Cinisi, dans la province de Palerme, c'est Don Tano, son oncle, qui est le tout-puissant parrain, sa maison se situe donc à cent pas de la sienne. Peppino, après avoir observé le jeu de rôles bien orchestré par Don Tano, se met en marche pour combattre ce système de soumission au grand Parrain qui, peu à peu, détruit le paysage avec des promotions immobilières désastreuses financées par l'argent de la drogue. Les manifestations dirigées par le peintre communiste du village ayant peu d'impact, Péppino crée d'abord un journal, puis une radio libre Radio AUT et s'en donne à coeur joie. Dans cette ambiance champêtre plombée par la loi de la mafia, le drame est à chaque tournant, un oncle assassiné, son père avec lequel il essaye de renouer étrangement "accidenté " et au paroxysme, l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro, chef du gouvernement italien, par les Brigades Rouges. Peppino, quant à lui, franchit la ligne en voulant se présenter aux municipales.  La trajectoire du héros égaré déchiré entre l'amour qu'il porte à sa famille et la volonté forcenée de barrer la route à l'inacceptable est filmée avec une rare tendresse, un hommage sans clichés.

À noter qu'en 2002, le commanditaire de l'assassinat de Peppino a été condamné à perpétuité, soit vingt-quatre ans après les faits.

Via Castellana Bandiera d'Emma Dante - un film qui aide à apprécier les autres...

Via Castellana Bandiera d'Emma Dante est adapté de son roman éponyme. Le film raconte un duel dans une ruelle étroite de Palerme entre deux voitures bloquées sans qu'aucune ne veuille reculer pour céder le passage à l'autre tandis que tous les habitants du quartier s'en mêlent. Emma Dante a reçu le prix d'interprétation féminine à Venise pour ce film. Construit de manière statique à la manière d'une pièce de théâtre classique, unité de lieu, unité de temps, unité d'action, l'histoire met en scène l'absurdité de l'entêtement inflexible. La scène finale où une foule continue venue de nulle part accourt après l'accident n'en finit pas laissant le spectateur perplexe quant à l'intérêt de ce film...

Il Postino de Mickael Radford - une belle leçon de vie liée à la poésie

Le Postier adapté du roman d'Antonio Skarneta est avant tout tiré d'une histoire réelle de Pablo Neruda lors de son séjour de six mois à Capri,  juste avant son retour d'exil en 1952. Un film qui magnifie l'amitié entre deux hommes de monde qui ne se rencontrent habituellement jamais et surtout qui magnifie l'apprentissage de la poésie menant à l'amour autant qu'à la mort. Philippe Noiret campe le personnage de Pablo Neruda avec beaucoup de justesse, mais le véritable héros du film est Massino Troisi, grand timide exalté qui s'efforce de suivre le chemin de son illustre poète et maître à penser. Le décor est sublime sur cette petite île de Salina, située au large de la Sicile, éclairée parfois par les irruptions intempestives du Stromboli...et le Postier nous apprend loin de la fureur et du bruit, à écouter le rythme de la vraie vie. À l'ombre de ce tableau idyllique, le décès de Massino Troisi le lendemain de l'achèvement du tournage, à 41 ans seulement, d'une crise cardiaque prévisible parce qu'il avait refusé de se faire opérer avant d'avoir fini ce film.

Les débats qui s'ensuivirent au restaurant Il Giardino se sont prolongés tard dans la soirée grâce à l'animation éclairée de Dominique Picardo.

Divorzio all'italiana de Pietro Germi - une aventure cinématographique nouveau genre

Sorti en 1961, ce film nous fait vivre de grands moments de cinéma avec un Marcello Mastroianni totalement surprenant dans ce rôle poussé à l'excès de baron sicilien au charme surranné dans une comédie qui lance un nouveau genre du tragico-comique grinçant. Le Baron Cefalu est donc amoureux de sa belle cousine Angela et s'ennuie fortement avec son épouse, mais le divorce est interdit en Italie. Par contre, une loi italienne laisse aux crimes d'honneur, passionnels ou non, une large exemption de peines. C'est ainsi que Marcello Mastroianni va échafauder un plan diabolique pour prendre en flagrant délit d'adultère sa femme afin de s'en débarrasser en toute impunité, ou presque, trois ans de prison ferme dans son cas. De clin d'oeil en clin d'oeil à l'histoire du cinéma, cette comédie de moeurs dénonce la puissance et l'hypocrisie de l'église catholique dans cette Sicile prisonnière des traditions tandis que s'affiche la débauche romaine portée à l'écran par la Dolce Vita où Mastroanni est également acteur. La scène finale suggère par un jeu de pieds mémorable que le présomptueux baron ne sera pas, lui aussi, à l'abri d'être trompé...La morale est-elle sauve pour autant ?

Terraferma d'Emanuele Crialise - un film poigant sur le drame de Lampedusa

La force d'un film long métrage c'est de montrer ce que les caméras de l'information ne savent pas filmer. À Lampedusa, petite île de pêcheurs éloignée de la terre ferme, l'avenir est au tourisme. Tout le monde se mobilise, à l'exception des plus anciens, qui ne se résignent pas à quitter leur bateau de pêche, pour accueillir au mieux les touristes qui débarquent du ferry, comme des envahisseurs. Certains vont même se replier dans leur garage tout l'été pour pouvoir louer leur modeste maison de pêcheur. Mais un drame les rattrape. Exténués, d'autres personnes s'invitent sur l'île, les émigrés africains qui surgissent de l'eau, encore vivants, pour certains. Cas de conscience, partisans et opposants à leur venir en aide s'affrontent. Rien n'est simple dans la vie et ces nuances de gris font de ce film une magnifique leçon d'humanité.

Caro Diaro de Nanni Moretti - une balade autobiographique singulière

Cette évocation en trois temps de la vie du réalisateur - scénariste - acteur - Nanni Moretti laisse perplexe, mais ne manque pas de saveurs.

Premier temps, une balade dans Rome en Vespa, où Nanni Moretti nous conduit dans les quartiers de Rome qu'il préfère en compagnie d'une bande-son réjouissante qui nous conduit à Jennifer Beals, son idole, celle grâce à qui il aimerait savoir danser.

Second temps, un tour des îles à la recherche d'un cadre idyllique pour écrire et c'était formidable de revoir les îles des autres films projetés précédemment. Nous refaisons une incursion à Salina, identique à elle-même, et on ne peut s'empêcher de guetter l'apparition du postier ! Stromboli, complètement transformée, fleurie, mais toujours si peu accueillante...

Troisième temps, le parcours du combattant de Nanni Moretti avec les médecins et spécialistes de tout ordre : "Ils savent parler, mais ils ne savent pas écouter !". Nanni Moretti est sans doute un des grands cinéastes italiens à manier avec maestria la dérision !

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