Illustration : Aurère
Illustration : AurèreIllustration : Aurère vu d'en hautIllustration : Aurère : vue d'en bas... perspective vertigineuse !

Rendez-vous avec René Robert

Aurère, Le point d'ancrage

BAT'CARRE N°8 | Texte : René Robert - Photo : Géraldine Blandin -

Le cirque de Mafate : un attrait particulier pour les Réunionnais et les amateurs de nature en général ; un cirque insondable dans son histoire ; une souffrance pour les mollets de la plupart d'entre nous ; une avalanche de questions face à cette multiplicité de paysages et d'îlets accrochés aux faîtes de précipices... Et toujours cette envie d'y retourner, car on a l'impression d'être " ailleurs ", sans pouvoir l'expliquer. Les repères sont toujours des ravines inquiétantes ou des remparts dominateurs. Dans ce labyrinthe de créations paysagères, offrandes d'une nature riche dans son évolution, il est facile de perdre le nord, et on se raccroche comme l'on peut à une forme connue, un sentier habituel, un hameau comme Aurère.

Cet îlet est à peu près au centre du cirque, dominé par le Piton Cabri. Regardant vers le nord et la Pointe des Galets (invisible), on situe vers l’est la Roche Ecrite et le Cimendef ; vers l’ouest le rempart de l’îlet des Orangers, et plus loin, celui du Maïdo. Dans notre dos, c’est l’énorme masse du Gros Morne qui culmine à plus de 3000 mètres. Et dire que tous ces monuments naturels sont souvent des ruines, des restes d’une évolution où les grands glissements de terrain et l’érosion des torrents ont joué un rôle considérable. Comment imaginer que jadis, voici plusieurs centaines de milliers d’années, là où nous sommes, s’étendaient de vastes plateaux inclinés, réguliers, qui rejoignaient le Piton des Neiges, un volcan actif qui devait trôner à plus de 3400 mètres ?



En fixant son attention sur une carte du cirque, ou en regardant Mafate grâce à un défilement de photographies prises du ciel (avec Google par exemple), on remarque une suite de vallées profondes et de crêtes allongées qui sont autant de difficultés à franchir. En partant du rempart ouest de la Roche Ecrite au-dessus du Bras de Sainte-Suzanne, c’est d’abord la Crête de la Marianne, puis la Crête d’Aurère, puis de l’autre côté de la Rivière des Galets, la Crête des Orangers. Vers le sud d’Aurère, et proche de La Nouvelle, il y a une dernière crête, celle des Calumets. Toutes ces crêtes sont minces et orientées dans le sens amont/aval et sont des conséquences de l’érosion de torrents parallèles.

Pour les deux grands cirques voisins, Salazie et Cilaos, on note que cette série de crêtes résiduelles n’est une évidence que pour Mafate. ll y a bien le magnifique Bras de Caverne, parallèle à la Rivière du Mât, pour le cirque de Salazie ; mais il est tout seul. Au total, si les trois cirques ont un indéniable air de famille, et notamment une forme générale de poire, limitée par de hauts remparts presque verticaux, ils sont assez nettement différents par une foule de détails naturels. C’est du côté d’Aurère que l’on peut percevoir au mieux la puissance du travail de la nature, et celle de l’eau en particulier, et aussi l’originalité de Mafate. On a tous vécu les expériences des cyclones tropicaux et de leurs crues dévastatrices pour se faire une petite idée de ce qui a dû se passer dans la région d’Aurère au cours des millénaires précédents.

C’est une région surprenante à bien des égards. Elle l’est par sa géographie, ses paysages actuels. Elle l’est aussi par son histoire géologique et toutes les questions qu’elle suscite. Lors de votre prochaine excursion dans cette région, prenez le temps de dépasser le panorama qui s’offre à vous en vous projetant dans le passé pour essayer d’imaginer l’incroyable processus d’érosion qui a, peu à peu,  transformé ce paysage.

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !