Illustration : Piton d'Anchaing
Illustration : Piton d'AnchaingIllustration : Piton d'AnchaingIllustration : Salazie

Réunion

L'énigme du Piton d'Anchaing

BAT'CARRE N°3 | Texte : René Robert - Photo Hervé Douris -

Il trône au beau milieu du cirque, et on le voit de partout, du fond de Salazie comme des sommets environnants (Roche Écrite, Bélouve, Dioré, Cap Anglais...) Le Piton d'Anchaing est une construction originale qui n'a pas son pareil dans Mafate ni dans Cilaos.

Il est pour l’historien le site d’une légende remarquable, relatant la vie d’un Noir Marron et celle de sa femme Héva : au sommet du piton, ils dominaient les alentours et pouvaient guetter les arrivées des chasseurs d’esclaves. Pour le géographe, il est une énigme que des générations de scientifiques ont tenté d’élucider depuis plus de soixante ans. Quelle est l’origine de ce monument naturel ? Plusieurs hypothèses demeurent.

Point de départ de l’analyse : sa structure en " millefeuille " est la même que celle des remparts du cirque (superposition irrégulière de coulées volcaniques). Et c’est la seule construction de ce type qui reste au fond du cirque… La première et la plus simple est que le Piton d’Anchaing a occupé de tout temps cette place. Il serait un témoin de l’ancienne extension du plateau de Bélouve. À l’époque, ce plateau aurait donc occupé l’emplacement des villages d’Hell-Bourg et de Mare à Poule d’Eau. Des effondrements auraient libéré l’espace actuel entre le rempart de Bélouve et le Piton d’Anchaing. Les forces naturelles l’auraient dégagé peu à peu depuis plus de 200 000 ans, le mettant en évidence par rapport au reste des constructions du fond de cirque.

Une autre avance que le Piton est un énorme bloc qui se serait détaché du Gros Morne et qui, progressivement (et lentement, sinon il se serait cassé en mille morceaux) serait venu occuper sa place actuelle. Le Gros Morne culmine aujourd’hui à plus de 3 000 mètres et l’altitude maximale du Piton d’Anchaing est de 1 352 m. Soit une descente du bloc de l’ordre de 2500 mètres, sur une distance relativement courte.

Le profil d’un ancêtre au repos domine de toutes parts le cirque de Salazie.

Une idée quasi identique et plus récente  fait venir le Piton des hauts de la Rivière du Mât, lors du glissement majeur de Mare à Poule d’Eau. Dans les deux cas, quel est le roulement à billes qui a permis ce transfert considérable ?  Et comment ce giga-bloc, comme le décrit le BRGM, ne s’est pas émietté, comme ce fut le cas pour toutes les autres structures qui ont été concernées par les avalanches et autres glissements de terrain à l’origine du cirque de Salazie ?

Quoi qu’il en soit, cette position spectaculaire rappelle que le volcanisme peut présenter un risque considérable pour les hommes et qu’il est important de le surveiller.

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