Illustration : La vallée suspendue de Petit Trou
Illustration : La vallée suspendue de Petit TrouIllustration : La vallée suspendue de Petit Trou

Voyage dans la patrimoine

La vallée suspendue de Petit Trou

BAT'CARRE N°5 | Texte René Robert - photo Hervé Douris -

Un résumé facile serait de dire que les paysages naturels de La Réunion sont la conséquence d'un match, loin d'être terminé, entre le feu du volcan et l'eau des torrents. Mais l'histoire naturelle réserve bien des surprises.

La construction classique des vallées encaissées

Dans l’évolution des paysages de l’île, on a coutume d’opposer les périodes de constructions, généralement volcaniques, aux périodes de destructions, liées aux effondrements de terrain et à l’érosion de nombreux torrents.
Dans l’histoire des reliefs de l’île, il y a eu une foule de séquences où des masses imposantes de constructions volcaniques ont disparu à jamais de la surface pour se retrouver sur les pentes sous-marines du volcan, à des kilomètres de la ligne de côte. Le long de la route forestière du Volcan, les grandes cicatrices, les remparts, témoignent de ces épisodes violents.
Pareillement, de nombreuses vallées ont disparu de cette même surface parce qu’elles ont été ennoyées par des coulées qui ont utilisé cette canalisation pratique pour aller vers l’océan. C’est l’exemple de la vallée de la Rivière Saint-Denis ou de celles, proches, de la Rivière Langevin et de la Rivière des Remparts…
En général, les torrents se taillent une vallée de plus en plus profonde, avec des remparts qui restent proches : ce sont des vallées encaissées, ou des " gorges ". C’est l’exemple de Takamaka ou celui encore de la Rivière de l’Est. Sur la carte (car ce n’est pas toujours possible de l’observer par la route : exemple la vallée du Bras de Caverne jusqu’au Trou de Fer, seulement visible en survol), on suit aisément l’encaissement de ce torrent, de l’aval jusqu’à loin en amont. Plus l’érosion est puissante et plus elle a eu du temps de travail, et plus l’encaissement remonte loin en amont.
La Rivière du Mât répond à cette définition : le CD 48 emprunte une vallée encaissée de la sortie de Saint-André jusqu’à l’Ilet Morin, soit à l’entrée du cirque de Salazie. Mais du fond de la vallée, certains reliefs, étranges et somptueux, échappent totalement au regard. Les travaux menés pour le dossier de candidature de l’île au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, l’utilisation de moteurs de recherche comme GOOGLE EARTH, ont permis de les découvrir et de s’interroger sur leur histoire.

L’exemple singulier d’une vallée " suspendue "

Le survol en ULM a permis au photographe de mettre à notre portée une forme de vallée très nette, située à environ 250 m au-dessus de la vallée actuelle de la Rivière du Mât, approximativement au-dessus de la zone comprise entre le Pont de l’Escalier et la sortie du village de Petit Trou. Elle est moins encaissée que la vallée actuelle, mais elle l’est suffisamment pour s’imposer au regard des promeneurs qui vont de Dioré à la Plaine des Fougères, ou à celui des personnes qui font le survol de l’île.
Que fait à cette altitude une vallée qui ne sert plus à l’écoulement des eaux de la Rivière du Mât, c'est-à-dire des eaux qui viennent du cirque de Salazie ? Il est assez facile d’imaginer que la Rivière du Mât, jadis (mais il y a combien de temps, combien de milliers d’années ?), devait emprunter cette vallée. Mais pourquoi cette vallée a-t-elle été abandonnée, certainement brusquement ? Les questions ne manquent pas.
Les réponses ne peuvent être que des hypothèses, des essais d’interprétation d’une histoire qui s’est déroulée bien avant l’arrivée des hommes dans l’île. La plus probable est que cette région a été victime d’un effondrement de terrain, suffisamment important pour entraîner les eaux d’écoulement dans une autre direction, la direction actuelle de la vallée de la Rivière du Mât. Dans des thèses de la fin du XXe siècle, certains géologues font état de mouvements de terrain importants dans cette zone. Par ailleurs, la difficulté d’accès et la difficulté d’observation du site compliquent la tâche des curieux de la nature réunionnaise. En attendant, la beauté des images suffit à notre plaisir de découvrir l’un des nombreux charmes de l’île.

Conclusion

Des exemples de vallée suspendue au-dessus du vide ne manquent pas dans l’île : la Fenêtre des Makes (Bras Patate), la Fenêtre au-dessus de Grand Ilet (Bras Sainte Suzanne), les ravins du Dimitile… mais ces vallées ne sont " suspendues " dans le vide que du côté amont.  Et pourtant, en cherchant bien, il existe un autre exemple de vallée suspendue, c’est celui de la vallée de la Grande Ravine. Elle est visible  sur la nouvelle Route des Tamarins, surtout en aval du pont. Ceux qui s’intéressent de près à leur île l’ont sans aucun doute déjà repérée…

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !