Illustration : Le Népal : ascension du Sacré
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Voyage

Le Népal : ascension du Sacré

BAT'CARRE N°11 | Texte : Géraldine Blandin - photo : Christian Vaisse et Géraldine Blandin -

La capitale du Népal n'est plus la destination fétiche pour rechercher la paix spirituelle. Seuls quelques hippies, nostalgiques des années soixante-dix, arpentent encore les rues du quartier touristique de Thamel. Les boutiques de sarouels et autres tuniques côtoient désormais les magasins remplis de doudounes et de sacs à dos. Pourtant, même si depuis quelques années, le Népal est devenu le paradis du trek, la montagne reste le sanctuaire des divinités.

Le voyage commence dans les rues de Kathmandu. La capitale du Népal est bruyante et grouillante. Difficile de trouver sa place entre les bus, les motos et les rickshaws ! En cinquante ans, la population a doublé. Près d'un million de personnes y habitent aujourd'hui. Les conséquences de cette explosion démographique sont nombreuses : décharges sauvages, eau courante non-potable et gaz d'échappement omniprésents… Kathmandu manque de s'étouffer à chaque instant.
 

 L’autoroute des trekkeurs

Autrefois, les montagnes himalayennes n'étaient accessibles qu'aux grands aventuriers. Aujourd'hui, n'importe qui peut s'y aventurer, seul ou accompagné d'un guide. Le grand classique, c'est d'aller dans la chaîne des Annapurnas et d'en faire le tour. Dix à quinze jours de marche à traverser des forêts, escalader des rochers et fouler la neige. Ce sentier, le plus fréquenté du Népal, est surnommé "l'autoroute des trekkeurs". L'autre possibilité dans les Annapurnas est de rejoindre le camp de base situé à 4 130 m d'altitude. Très vite, les marcheurs se retrouvent dans les hautes vallées himalayennes et traversent ces nouveaux "villages" composés uniquement de gîtes. Car il faut pouvoir accueillir les touristes, de plus en plus nombreux chaque année : 390 000 en 1993, 600 000 en 2006.


Pour attirer tous ces vacanciers en quête d’aventure, certains gîtes jouent la carte du confort. Au coeur des montagnes, à Chommrong par exemple, à 2 000 m d'altitude, les randonneurs peuvent se faire masser et consulter leurs mails dans un cyber-café. Plus loin, à Machapucharé à 3 700 m, le wifi est disponible dans chacune des chambres et la douche chaude est à volonté ! Ces gîtes "nouvelle génération" font sourire les Népalais, peu habitués à tant de confort, mais plaisent aux touristes. En montagne, les journées sont longues et souvent difficiles entre le froid, l'altitude et les nombreuses heures de marche.


Mais tous ces efforts sont vite oubliés car là-haut, il y a ce sentiment d'être ailleurs. Seuls les craquements des glaciers se font entendre… Le camp de base des Annapurnas est situé dans un cirque entouré de multiples sommets enneigés allant tous au-delà des 6 000 mètres. Le plus impressionnant est l'Annapurna 1 et ses 8 000 m, grimpé pour la première fois en 1950 par les Français Louis Lachenal et Maurice Herzog. Sur place, une stèle bouddhiste appelée chörten, entourée de nombreux drapeaux de prière et de photos d’inconnus, attire le regard. Ce monument rappelle aux trekkeurs que la montagne n'est pas sans risque. L'Annapurna 1 est le sommet le plus dangereux de la chaîne himalayenne avec un fort taux de mortalité : un mort pour deux ascensions réussies.
 

 La montagne a un caractère sacré.

Rarement dans les sentiers pour s'y balader, les Népalais y vont pour travailler. Ils sont guides, gîteurs, agriculteurs mais surtout porteurs. Reconnaissables à leur large sangle autour de la tête accrochée à un gros panier en osier, ces hommes portent jusqu'à 30, 40, parfois même 50 kilos. Un jour, ils traînent les bagages de touristes venus découvrir la montagne. Le lendemain, ils ravitaillent les gîtes d'altitude. À l'origine, les porteurs appartenaient à la tribu des Sherpas, une tribu originaire du Tibet installée au pied de l'Everest depuis cinq cents ans. Aujourd'hui, tous les porteurs ne sont plus des Sherpas, mais beaucoup en font encore partie. Très croyants, ils ont souvent dans leurs poches des drapeaux de prière, ces petits morceaux de tissus colorés visibles partout au Népal, qu'ils déposent tout au long du chemin pour remercier les dieux de leur aide et leur protection.


Les montagnes de l’Himalaya portent la marque de la ferveur religieuse de ses habitants. Chörtens, moulins à prière, drapeaux multicolores ou encore pierres gravées de textes ou d’illustrations sont partout le long des sentiers et à l’entrée des villages. Le Népal est bel et bien le pays du bouddhisme. Siddhartha Gautama, plus connu sous le nom de Bouddha, est né au Népal à Lumbini, près de la frontière indienne il a y 2 500 ans. La petite ville est aujourd’hui un lieu de pèlerinage sacré pour les bouddhistes du monde entier, tout comme Bodhnath, situé à quelques kilomètres de Kathmandu. À Bodhnath, il y a le plus grand stûpa du Népal. Le stûpa, ce monument en forme de dôme surmonté d’une tour où sont peints les yeux de Bouddha. Chaque jour, des milliers de bouddhistes du monde entier viennent en faire le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, tout en récitant des textes sacrés et des prières. Sur cette immense place bordée de boutiques, de restaurants et de monastères, l’ambiance est sereine, empreinte de spiritualité qui tranche avec le reste de la ville.
 

 Pashupatinath, le temple hindou

À quelques kilomètres du stûpa, Pashupatinath, le temple hindou le plus important du pays. Construit le long de la rivière sacrée Bagmati, Pashupatinath est l'endroit de prédilection pour l'incinération des hindouistes. Tout au long de la journée, des cérémonies de crémation se déroulent sur les berges de la rivière. Un brin voyeurs, fidèles et touristes s'assoient sur l'escalier face aux ghâts de crémation. Un corps enveloppé dans un linceul blanc repose sur le bûcher. Ses proches le recouvrent de paille et allument le feu. En quelques secondes, le corps s’embrase. Les cendres seront ensuite jetées dans la rivière sacrée Bagmati. Autour, la vie continue. La foule déambule dans ce lieu sacré, squatté par les singes et les sadhus, ces hommes reconnaissables à leurs cheveux ébouriffés et leur corps enduit de teinture et de cendres. Les sadhus ont choisi la voie du renoncement. Ils ne possèdent rien et passent leur vie à errer sur les routes de l'Inde et du Népal.
 

 Les cités royales

À Pashupatinah, les vendeurs de babioles côtoient les fidèles venus se recueillir. Les bâtiments modernes se mêlent à l’architecture d’époque. L’endroit est un lieu de contrastes, à l’image de Kathmandu. La capitale népalaise n’est pas que pollution visuelle, sonore et olfactive. Kathmandu est aussi et surtout un ancien royaume dont la vieille ville est classée au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Pour le découvrir, il faut être un brin fouineur et prendre le temps de se perdre dans les nombreuses ruelles de la capitale, jusqu’à tomber sur le quartier historique et son palais. Là, le parfum d’encens se mêle aux tintements de cloches. Les temples de bois sculpté, en pierre ou en bronze sont nombreux et s’éparpillent autour de la grande place qui servait autrefois de parking pour les éléphants royaux. Les bâtiments ont tous deux, trois ou quatre toits superposés, la marque du style pagode imposé par les Newars. Cette ethnie, particulièrement douée pour l’art, a parsemé un grand nombre d'oeuvres architecturales dans toute la vallée de Kathmandu. Deux anciennes cités royales, Patan et Bhaktapur, sont également classées à l’Unesco.
 

 La vie quotidienne

Et puis au Népal, il y a cette autoroute, la Mahendra Highway, longue de 232 km. Pas très touristique au premier abord, cette ligne droite qui traverse le Népal d’est en ouest révèle pourtant de nombreuses surprises. Elle permet de découvrir quelques grandes villes aux allures indiennes, aux immeubles multicolores et aux femmes habillées d’un sari et d’une paire de baskets. À quelques kilomètres, des petits villages peuplés de paysans quasi-nus, vivant dans des habitations faites de branches et de boue, où l’électricité n’a jamais existé. Sur cette autoroute, il y autant de charrettes tirées par des boeufs que de motos et de camions. Et puis, on aperçoit quelques églises, perdues au milieu de cette terre dédiée à Bouddha et à Krishna.


Un mélange des genres où le seul point commun est le sourire de ses habitants. Partout au Népal, les gens sourient à chaque instant, peut-être pour oublier le quotidien. Car ce petit pays coincé entre l’Inde et la Chine est l’un des plus pauvres au monde. Il connait une situation politique difficile même si elle s’est un peu stabilisée en 2006, après dix ans de guerre civile. Aujourd’hui, la monarchie n’existe plus, le pays est devenu une république fédérale. Mais pour les Népalais, peu de choses ont évolué. Dans un anglais approximatif, tous racontent leur quotidien, sans jamais se plaindre. Du travail 7 jours sur 7, des taxes qui ne cessent d’augmenter et des visas impossibles à obtenir sans bakchich. Alors, ils discutent avec les touristes venus découvrir leur petit paradis, et s’imaginent qu’un jour, eux aussi, pourront aller au-delà de leurs montagnes, les plus hautes du monde.

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