Illustration : La côte Amalfitaine
Illustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte AmalfitaineIllustration : La côte Amalfitaine

Voyage Voyage

La côte Amalfitaine - Beauté vertigineuse

BAT'CARRE N°12 | Texte : Francine George - Photos © Christian Vaisse - Gamma - DR -

La côte Amalfitaine, au relief très escarpé par la chaîne des Monts Lattari, longée de falaises abruptes sculptées par la nature et par l'homme, vous ouvre les portes du paradis entre Sorrento et Salerno. Nous vous proposons une échappée en amoureux dans cet éden classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997.

Qui n’a pas rêvé d’un séjour en Italie ? Pays de l’amour, des arts et de liberté, film après film, roman après roman, l’Italie habite nos cœurs de cette mémoire indicible qui nous parle d’esthétique. Finalement, Amore, n’est-il pas plus sensuel lorsqu’il est murmuré à l’italienne, comme une aubade câline ?

" Voir Naples et mourir ! " Non, pas cette fois-ci ! Voir Naples et s’échapper vers le sud, les cheveux au vent dans une décapotable conduite d’une main experte par votre amoureux.

À la radio, Nicole Croisille chante :
" Tu étais gai comme un italien
Quand il sait qu’il aura de l'amour et du vin… "


À presqu’une heure de route de Naples, vous entrez dans un Jardin de délices, d’une beauté exceptionnelle, avec ses villages pittoresques et sa grande diversité de paysages, sur 80 km de route en corniche. Un tableau de couleurs, de saveurs, de parfums immensément riches, mais toujours délicats, flotte dans l’air. Pays du citron, gorgé de soleil toute l’année, son arôme subtil imprègne les trésors gastronomiques de la région, glace et sorbet, pâtisseries comme les incomparables profiteroles au citron d’Amalfi. Pays du poisson et de la pasta, bien évidemment, vous vous laissez surprendre par les filets à l’étuvée enveloppés dans leurs feuilles de citronnier, les pâtes aux poulpes citronnées ou les gnocchis alla sorrentina. À la fin du repas, vous buvez, glacé, le délicieux, mais redoutable Limoncello.  Un choc gourmand !  Cette liqueur d’une belle couleur douce à base de zestes de citron peut laisser, un certain temps, la personne la plus robuste dans un doux rêve de plénitude…

Le relief montagneux qui plonge dans la mer en pentes abruptes a conditionné la nature et les hommes à concevoir des lieux de vie, telles des tranches napolitaines. Sur la côte, la mer Tyrrhénienne, bleu azur, offre aux pêcheurs de quoi s’activer toute l’année. Puis, à flanc de falaises, la population, particulièrement ingénieuse, habite, cultive ses jardins, vergers et vignes en terrasse, tandis que sur les hauteurs, les bergers mènent aux pâturages chèvres et brebis capables de s’adapter aux espaces escarpés. Un peu comme à La Réunion, mais avec des enchâssements de la partie habitée encore plus vertigineux.

Les autorités locales, conscientes des richesses de leur patrimoine, développent un tourisme réfléchi, à l’écart du tourisme de masse. Pour commencer, la route en corniche est protégée d’une trop grande pollution par l’organisation de la circulation, jour pair, jour impair sur la base du dernier chiffre de la plaque minéralogique. Un sacré défi que tout le monde respecte, même les étrangers.


Première étape, Positano, l’élégante



Selon la légende, Positano a été fondée par le dieu Neptune, le Dieu de la mer,  lorsqu’il est tombé amoureux de la nymphe Pasitea. Lieu de villégiature des Romains, port florissant de la République d’Amalfi aux 16e et 17e siècles, Positano a connu une longue traversée du désert jusqu’à la moitié du 20e siècle. Puis, elle est devenue une station balnéaire très chic, une sorte de Saint-Tropez, à partir des années 50.

À flanc de colline, le village s’est dispersé sur les pentes escarpées du Monte Comune. Les couleurs des jardins fleuris, des façades ocre ou de couleur vive sont magnifiées à l’heure du soleil rasant. Une kyrielle de petits escaliers, sculptés dans la roche, traversent le village, coupent les ruelles et poursuivent leur périple pour descendre jusqu’à la grande plage. Les autres plages ne sont accessibles que par la mer. Une balade dans les ruelles étroites peut, à première vue, paraître fastidieuse, mais l’abondance de jolies boutiques où les marques branchées s’exposent rend, tout à coup, les raidillons moins ardus.

Cet hôtel, niché sur la falaise, vous tend les bras. Vous descendez tranquillement par les ruelles joyeuses vous invitant à découvrir mille frivolités. Vos bagages descendent, quant à eux, par le câble qui relie l’hôtel Pupetto à la route. Dans la fraîcheur d’une fin d’après-midi, lorsque la brise se lève juste assez pour vous caresser la peau, vous vous installez sous la pergola en pure contemplation. Et là, le mot infini prend tout son sens. La mer rejoint le ciel à l’horizon pour ne former qu’une vaste étendue magnifiquement bleue, la beauté respire le calme sans que rien ne vienne perturber ce panorama enchanteur. Juste un baiser, peut-être, pour partager à deux cet instant de bonheur parfait.

Le lendemain, une petite incursion dans l’archipel des îles Li Galli peut s’envisager. La légende veut qu’elles soient la demeure des sirènes qui accostèrent Ulysse. Rudolf Noureev, fut un temps, en a fait sa propriété. L’ensemble composé des îles Gallo Lungo, Rotonda et Castelletto appartient aujourd’hui à un groupe hôtelier. Elles sont accessibles par un héliport ou le petit port à bateaux. Seule, la plus grande des trois îles est habitable, décor de rêve, luxe d’une beauté époustouflante, l’archipel serait à vendre pour la modique somme de 195 millions d’euros.

À Positano, les tours sarrasines sont très présentes. Elles ont été construites à l’époque médiévale pour repérer l’arrivée des Sarrasins. La première tour se trouve sur la Pointe Clochette, tout au début de la côte. Lorsque de loin, on apercevait le bateau des Arabes, un premier coup de canon retentissait, ensuite le tam-tam se déplaçait à la deuxième, puis à la troisième tour, passant sur toute la côte Amalfitaine. Les habitants se réfugiaient alors dans les hauteurs. Les Sarrasins étaient d’habiles navigateurs, mais de piètres guerriers en montagne.


Une halte à Furore

À Furore, un fjord spectaculaire est clairement visible du pont qui relie les deux falaises. L’endroit est si abrupt que, tous les ans, il est le théâtre de championnats de plongeon acrobatique. Dans les eaux cristallines de la crique, en contrebas, quelques barques de pêcheurs sont amarrées et non loin de la petite plage, vous pouvez visiter un moulin à papier.
Une promenade digestive permet d’accéder aux maisonnées du village par un escalier de trois mille marches qui passe  par des terrasses fleuries de bougainvilliers et de fleurs de grenadiers. C’est là qu’en 1948, Roberto Rossellini tourna l’Amore avec Anna Magnani, sa compagne. Lorsque la fameuse lettre d’Ingrid Bergman arriva dans les mains d’un Roberto Rossellini particulièrement troublé,  la bouillante Magnani explosa de colère. À Furore, la nature se déchaîne et Anna Magnani aussi. Ce qui sonnera le glas de leur relation. Ingrid Bergman et Roberto Rossellini entamèrent leur grande histoire d’amour, juste après, et ils se marièrent deux ans plus tard, malgré un tollé général, car le divorce resta interdit en Italie jusqu’en 1970. Amore, Amore….


Deuxième étape – Amalfi, le port d’attache



Amalfi est le cœur géographique et historique de la côte. Dominée par le Mont Cerreto, haut de 1315 mètres, la ville est enserrée dans les falaises sur lesquelles elle s’accroche. Ancien port florissant, l’influence byzantine y est encore plus présente.

La fondation d’Amalfi remonte au temps des Romains, au IXe siècle, elle devient une des Républiques maritimes d’importance pouvant rivaliser avec Pise, Gênes ou Venise. Les marins amalfitains ont été les premiers à utiliser la boussole et ils développèrent un code maritime qui fut utilisé dans tout le bassin méditerranéen jusqu’au 16e siècle. Chaque année, pour perpétuer la tradition, une régate oppose les équipages de marins amalfitains à ceux de Venise, Pise ou Gênes. Il faut dire que du IXe au XIe siècle, Amalfi fut une puissance maritime qui possédait un quasi-monopole du commerce dans la mer Tyrrhénienne. Gênes, Venise et surtout Pise vinrent lui faire une concurrence fatale.
Les portes en bronze de sa splendide cathédrale romane ont été fondues à Constantinople et transportées par bateau jusqu’à Amalfi. Un des plus beaux monuments de la région avec son dôme byzantin, dédié à Saint-André, protecteur de la ville. Une grande place remplie de cafés vous invite à vous y attarder après avoir visité les fresques et mosaïques du Cloître du Paradis aux influences orientales.
Prenez tout votre temps à Amalfi pour découvrir les terrasses aménagées, le dédale de ruelles médiévales et le mélange des influences culturelles venues de part et d’autre de la Méditerranée.


Dernière étape, Ravello, la mélomane

En fin de séjour, le point d’orgue est sans aucun doute Ravello, belle terrasse fleurie dominant la mer à 300 mètres de hauteur. Quelques joyaux architecturaux vous donneront des frissons, telle la villa Cimbrone avec son jardin luxuriant et ses bustes antiques ornant le belvédère. La villa Rufolo, tout aussi extravagante, construite au XIIIe siècle est aujourd’hui devenue un lieu culte.

Ravello était à l’origine un lieu de villégiature des patriarches romains, et a connu, comme Amalfi, son temps de gloire entre le Xe et le XIIIe siècle grâce au commerce maritime.

De nombreux artistes célèbres sont venus s’y ressourcer. Notamment Richard Wagner qui en séjournant à la Villa Rufolo s’est inspiré des lieux pour écrire son opéra Parsifal. Depuis, le village lui rend hommage avec un festival international de musique classique qui se tient de fin juin à octobre dans les jardins de la Villa. À la villa Cimbrone, devenue un hôtel de luxe, Greta Garbo y abrita ses amours avec le compositeur Léopold Stokowski, une plaque en témoigne :
"Ici, au printemps 1938, la divine Greta Garbo, se soustrayant à la clameur d’Hollywood, connut avec Léopold Stokowski des heures de bonheur secret".

Quant à vous, un dernier rendez-vous vous attend !

Un concert à l’auditorium conçu par le grand architecte brésilien Oscar Niemeyer. L’endroit est magique. Une place ovale parsemée de statues vous permet d’admirer le paysage aux lueurs du soir et de converser avec des connaissances que vous avez côtoyées la veille. La structure de l'auditorium se compose d'une large coque acoustique blanche en béton armé prenant la forme d’une mandoline. Fort décrié à l’époque, l’édifice a pris ses marques au fil du temps. À l’intérieur, l’immense salle, dont les 400 sièges sont occupés, fait face au majestueux paysage côtier grâce à une grande baie vitrée et au hublot situé derrière l’orchestre. L’émotion vous gagne devant une telle perfection, vous vous penchez vers votre compagnon pour lui murmurer à l’oreille que…Mais, chut ! Le spectacle commence.
 

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !

Illustration : REUNION

REUNION

23 reportage(s)